Le projet (1ère partie)

Hello! Après une petite semaine d’absence, me voilà de retour. Je vous parlerai donc aujourd’hui de notre projet aux philippines.

Je n’avais jamais effectué de mission humanitaire auparavant. Mais, il ne faut pas être un génie pour savoir qu’il faut y aller avec un projet et des fonds –  en y repensant, je n’en suis plus si sûre, vous verrez pourquoi par la suite.

Une préparation difficile

Dans le cadre de Gawad Kalinga, dès le mois d’avril nous devions prendre contact avec un volontaire de l’association pour choisir le village et choisir le projet.  Nous étions deux groupes de l’EM à vouloir participer à cette aventure. Après une « lutte acharnée » notre groupe, composé exclusivement de 6 étudiantes bachelor, a choisi le village de Pasacao. Une fois le choix du village effectué nous devions le transmettre à notre contact pour qu’elle nous donne les différentes pistes de projet à développer. En effet, nous devions préparer la mission super tôt pour lever des fonds. Celle-ci devait principalement passer par la participation aux concours de certaines fondations, à des démarchages (eh oui, dans chacun des groupes, un respo démarchage était désigné), à des ensachages dans les supermarchés et à la vente de gâteaux à la fin des messes ou lors d’événements de l’EM.

Comme vous le savez, pour lever des fonds, il faut convaincre les gens de donner et pour cela il faut un projet. Ce n’était pas notre cas… jusqu’au départ -_-‘. 

Comment cela est-il possible? Premièrement, nous avons eu connaissance des pistes de projet vraiment tard! Et ce n’est pas faute d’avoir envoyé des mails. Entre le village et nous, il y avait trop d’intermédiaires et personne ne savait vraiment à qui s’adresser. Notre contact vivait en France et transmettait nos questions à la personne en charge des stagiaires à GK qui retransmettait à « un » membre du village. Je dis « un membre » parce que la logique voudrait que le contact principal soit l’équivalent d’un chef de village qui y vit ou le responsable GK de Pasacao, Tito Ato qui vit à Naga et non à Pasacao, mais non! Nous avions aussi un autre contact, notre coordinatrice – ne me demandez pas ce que cela signifie – Tamy. Vous êtes perdu? Ca tombe bien, moi aussi! Bref, tout cela pour dire, que ces problèmes de communication nous ont coûté le démarchage et les ensachages; ne parlons même pas de la participation aux concours. Nous ne pouvions même pas remplir les formulaires! C’était vraiment frustrant! Nous devions  chercher un stage de 5 mois alors que, plus les jours passaient, moins nous étions certains de partir – enfin là je parle pour moi, je ne comptais pas me ramener là-bas sans fonds et sans projet!

Finalement, environ 1 mois avant notre départ, nous avons eu des infos sur le tourisme social à Pasacao.  L’année dernière un groupe d’une autre école de commerce que je ne citerai pas s’était rendu dans le village, sans argent, sans matériel et sans projet (eh oui! Qui l’eut cru? C’est possible!) et en 1 mois et demi il n’avait qu’écrit un livre blanc sur le tourisme social là-bas. Des activités y étaient proposées, des rôles avaient été définis, il ne manquait plus, selon les dires d’un des membres que nous avions réussi à contacter, à faire la partie communication. Quelle blague! Nous avons voulu creuser un peu plus cette histoire de tourisme social, avoir des photos du village et plus d’informations sur son état d’avancement. Nous sommes restés jusqu’à aujourd’hui sans réponse du groupe.

Parallèlement, puisque nous ne voulions pas nous contenter de faire des tâches « intellectuelles » d’autres pistes avaient été évoquées comme la construction (Construire un système d’écoulement des eaux en béton; Réparer les maisons vétustes; Réparer le puits; Acheter des livres pour l’école). Un des nombreux contacts du village voulait développer une signalétique pour les village (10 000 Php = 171 euros). Cependant, là encore, nous sommes restés sans réelle réponse à nos questions d’approfondissement.

Aujourd’hui, ces pistes me parlent beaucoup plus. Je vois à quoi elles correspondent. Cependant, imaginez-vous dans notre situation sans même savoir à quoi ressemble réellement le village, sans même avoir un plan du lieu! Imaginez vous devoir expliquer à des gens en train de payer leurs courses ou à des croyants à la fin d’une messe, des pistes de projet dont vous ne connaissez ni les tenants ni les aboutissants! C’est impossible! Finalement nous nous sommes greffés à la levée de fonds du projet de l’Indonésie. Ils avaient des prospectus que nous utilisions pour récolter des fonds. Nous avons dû apprendre leur projet pour pouvoir en parler. Je n’en suis pas très fière. Cela revient quand même à tromper les gens, mais bon que voulez-vous?

Pendant la majeure partie de la levée de fonds, nous sommes restés sans projet. Là c’était la crise. Il ne restait plus que 2 semaines avant la fin des cours (fin mai) et nous n’en avions toujours pas. Nous nous sommes donc réunies pour prendre une décision. Nous sommes restées sur le projet de tourisme social et avions décidé de préparer des activités à faire avec les enfants (cours, dessins, jeux…) au cas où.

Redescente sur terre

Notre projet devait donc consister à développer le tourisme social au village GK de Pasacao. Cependant, nous nous sommes rendues compte qu’il y avait un décalage entre la réalité du terrain – les réels besoins du village – et les informations qui nous avaient été fournies. Le pire c’est que nous ne nous en sommes pas rendues compte directement.

De Manille nous avons pris un bus de nuit pour Naga – Mon Dieu ! Si un jour vous deviez prendre l’un de ces bus, prévoyez, couverture, pulls, chaussettes, pantalon… Bref emmitouflez-vous ! Il y fait ultra froid ! Nous étions en short, tong et tee-shirt. Il a fallu déballer nos sacs pour prendre nos  sacs à viande et un petit pull. Par respect pour les filles je ne vais pas vous montrer les photos.

Nous arrivons donc au petit matin. Le bus devait arriver au minimum à 6h, « si on avait beaucoup de chance », mais tout le monde disait qu’ils n’arrivaient jamais à l’heure. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle sur le ticket il n’y avait aucune heure d’arrivée. Finalement on arrive à 5h ! « Quelle chance ! ».

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Gare de Naga City

Nous avions dit à notre coordinatrice Tamara Azaña que nous arriverions vers 6h, mais elle comptait arriver pour 7h en raison de ce que je vous ai dit plus haut. Je vous laisse imaginer sa surprise lorsque nous l’avons appelée à 5h.  Tamy est super gentille, marrante et chose importante: elle parle vraiment très bien anglais ! ça faisait du bien de comprendre et se faire comprendre.  Elle est venue nous chercher avec son mari et son fils (trop chou !) pour nous emmener prendre un petit déjeuner et discuter du projet.

Tom, Havy et Tamy

Tom, Havy et Tamy

Tamy nous a vraiment rassurées sur la vie au village, la mission et surtout le projet.  Elle est allée dans le sens du tourisme social. Nous devions donc construire des Bahay Kubo (des petites huttes) sur la plage et essayer de convaincre les autorités de construire ou du moins entamer la construction d’un Bed&Breakfast pour les touristes. Toute l’appréhension de la période de préparation était partie. Nous avions même d’autres idées comme faire une plaquette du village, chercher des infos pour développer la plongée et plusieurs autres activités qui ne dégraderaient pas trop le village mais contribuerait à son dévleoppement et créerait des emplois. Bref tout allait pour le mieux.

Bahay Kubu

Bahay Kubo

Pasacao se trouve à environ 2h de Naga. Au bout de 2h, dans notre jeepney privée nous arrivons enfin au village et là… une autre réalité  se dessine. Vous vous souvenez de l’histoire de la boue, lorsque la jeepney s’est embourbée à l’entrée du village ? Eh bien ce n’était que le début. Par la suite, nous avons découvert que toutes les maisons n’avaient pas l’électricité. Celles qui avaient l’élèctricité avaient été tirées au sort. Nous n’avions, d’ailleurs,  l’électricité que la nuit pour le ventilateur.  Si nous avions le malheur d’avoir l’électricité plus d’une journée ou de 2 jours entiers, c’était la coupure assurée. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé la veille de notre départ du village. De plus, il n’y avait pas de système d’écoulement d’eau, mais un puits. Il était  assez difficilement accessible s’il avait plu, en raison de la boue. J’ai quand même perdu 2 paires de chaussures à cause de celle-ci. Bon j’avoue c’était des tongs et des petites Converse^^

Chemin qui relie le haut du village avec le puits

Chemin qui relie le haut du village avec le puits

Enfin, il n’y avait pas de système de traitement des déchets. Les restes de nourriture étaient donnés aux cochons et les emballages étaient le plus souvent brûlés près de la plage ou juste jetés par terre. C’était dommage, le village est beau, la plage peut l’être encore plus.

La porcherie

La porcherie

A ce moment-là c’était clair, le village n’était pas assez développé pour accueillir des touristes. Certains me diront qu’ils préfèrent vivre en immersion totale dans les communautés et tout, mais avouez-le, dans ce type de tourisme, à moins de partir en backpack avec un esprit d’aventurier, les touristes bénéficient souvent d’un certain confort par rapport aux populations, ne serait-ce que d’un toit, de l’eau courante et de passe-temps.

 Redéfinir le projet… mais pas trop!

Par ailleurs, une semaine après notre arrivée, un rendez-vous avec le responsable GK du village avait été planifié pour savoir comment l’argent allait être utilisé.

En attendant, nous avions quelques pistes de secours. Vous vous souvenez de Grace? (Je vous remets une photo). En raison de sa grossesse elle a dû arrêter ses études et n’a donc pas pu aller à l’université.

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Grâce

Laissez moi vous raconter l’histoire depuis le début. Comme je vous l’ai dit plus haut, l’année dernière un groupe d’une autre école de commerce s’est rendu au Village, sans fonds, sans matériel et sans projet. L’une des filles s’est prise d’affection pour Grace qui, pas encore enceinte, souhaitait ouvrir un Sari-Sari – une sorte de petite épicerie, vraiment petite, où sont vendus des gâteaux, chips, bonbons, petites doses de lessive, savon… Ce Sari-Sari devait l’aider à économiser pour payer ses études. Son mari était donc monté à Manille pour y travailler. Le groupe a dit qu’ils allaient l’aider à en ouvrir un dans le village et que son mari pouvait redescendre. Grace les a pris au mot. Or, sans fonds ni matériel, c’est difficile de mener de tels projets.  Ils ont finalement dû fermer le Sari-Sari de Manille et n’ont pas pu en ouvrir un au village. Le mari travaille donc comme chauffeur de tricycle-vélo mais cela ne rapporte pas suffisamment.

Un Sari Sari. Là s'en est un vraiment  grand, il y avait même une sorte de garage pour réparer les véhicules.

Un Sari Sari. Là s’en est un vraiment grand, il y avait même une sorte de garage pour réparer les véhicules.

Un Sari -Sari la nuit. Bon la photo n'est pas folle, mais je me suis rendue compte trop tard que je n'en avait pas. =S

Un Sari -Sari la nuit. Bon la photo n’est pas folle, mais je me suis rendue compte trop tard que je n’en avait pas. =S

Après avoir parlé à Grace et aux détenteurs d’un  Sari-Sari dans son village, son projet semblait viable. Le problème qui se posait à nous était plus un problème de moral. Pourquoi choisir Grace et pas un autre membre du village? Après tout, tous, ou du moins la plupart, avaient un projet personnel en tête et manquaient juste de fonds. Nous étions venus pour aider le village et y créer des activités.  Non! Ce qu’il nous fallait trouver était un projet pour le village; quelque chose qui allait servir à impulser son développement et profiter à tous sans choisir arbitrairement.

Tito Ato et sa fille

Tito Ato et sa fille

Nous rencontrons enfin Tito Ato, le responsable GK du village. Il était vraiment très gentil et aux petits soin avec nous. Il faisait tout pour nous mettre à l’aise et nous faciliter les choses. Lors de notre entrevue, Tito Ato a confirmé les besoins que nous avions identifiés en venant. En fait, lors de la construction d’un village GK, l’association définit un plan d’action avec différents objectifs à atteindre ainsi qu’un plan du futur village, le GK expectation village. Bien évidemment, le village n’en était qu’aux toutes premières étapes, loin très loin de ces histoires de tourisme social.

Avec son aide, nous avons redéfini le projet comme tel – vous comprendrez pourquoi j’utilise les  »  » dans le prochain article: 

  • Financer et « participer » à la construction d’une route dans le village
  • Financer et « participer » à la création d’une ferme agricole (achats d’outils, de graines…). Les bénéfices issus de la vente des fruits et légumes doivent contribuer au développement du village.
  • « Rénover » une école : nettoyage de la structure et achat de chaises/tables.
  • Achats divers pour les enfants (habits, livres, jeux…), – à l’origine, Titot Ato nous a demandé de financer la création d’une aire de jeux. Bon, je veux bien croire que le Pesos Philipinos soit une monnaie beaucoup plus faible que l’euro, mais quand même…^^

Après avoir énoncé tous les projets possibles et avant d’accepter de financer tel ou tel projet, il fallait d’abord expliquer qu’il nous fallait connaitre les prix pour pouvoir respecter notre « budget« . C’était un concept difficile à expliquer, d’autant que, comme je vous l’ai dit dans les autres articles, la communication en anglais était vraiment difficile.

Après de multiples tentatives explicitations, nous avions réussi à tout budgéter; enfin presque! Tito Ato devait nous donner les tarifs du matériel pour la ferme agricole le Samedi suivant, jour où nous nous rendions à Naga pour acheter les produits.

En sortant de la réunion, tout semblait parfait et organisé: nous avions les tarifs et ils rentraient dans notre budget, nous connaissions le jour et l’heure à laquelle nous irions acheter les produits sachant que le plus important pour nous était la route et la ferme, et enfin, nous pensions avoir un peu de temps à nous pour acheter des cadeaux (livres, jouets, habits pour les enfants…).

Oulà! Quelle belle erreur de croire que tout se passerait comme prévu! Vous voulez connaitre la suite? Je vous dirai tout dans le prochain article.

A la prochaine!

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